La grammaire silencieuse : s'affranchir du corps-prison

Publié le 25 octobre 2026 à 10:29

 

La grammaire silencieuse : s'affranchir du corps-prison

J’évoque ces paroles reçues, sans avoir su toujours lister l'exactitude des phrases ou des mots entendus. Mais ces mots transmis comme des injonctions trouvent leur racine dans toute la propagande qui s'est racontée au cœur de l'histoire du féminin.Les femmes et nous, je dis nous, toutes les femmes, les hommes aussi, nous continuons de porter, voire d’insuffler cette haine du corps des femmes, cherchant à le rendre pur, lissé, désirable.

On hérite de nos mères et de nos aînées bien plus que la couleur des yeux. On hérite d'une grammaire du corps, d'une manière silencieuse de se tenir, de se juger, de se rétrécir dans l'espace. C'est souvent dans les détails du quotidien, dans des phrases murmurées sans y penser au creux de l'enfance, que s'enracine ce contrôle du corps comme de véritables sortilèges à retardement.Sans le mesurer, nos mères répètent ce qu'elles ont elles-mêmes subi, persuadées qu'en nous armant contre le regard des autres, elles nous protègent. Elles nous enseignent à nous méfier de notre propre chair, à la corseter, à la surveiller comme un territoire rebelle.

Je mesure que, tout autant, j'ai cherché à coller à ces images, et j'ai tout autant maltraité ma féminité. D'où vient cette peur panique de la perte de contrôle ? Est-ce la peur du regard des autres, ou la peur de ne plus me reconnaître soi-même à travers le prisme de ces exigences ? Encore aujourd'hui, je m'observe cherchant à ce que mon corps reste tel que je le souhaite, terrifiée qu'il ne devienne « monstrueux ». Comme si chaque kilo en trop qui déborde, toute nourriture-plaisir, pouvait le détruire et le rendre difforme.Pourtant, m'autoriser à exister en dehors de la perfection, c'est refuser que mon corps devienne un champ de bataille. C'est admettre qu'un corps vivant, qui change, qui savoure et qui prend de la place, n'est en rien une monstruosité : c'est simplement un corps libre.

Pourquoi ce mal féminin ?

Pourrions-nous sortir d’Égypte, de la transmission du malheur du féminin ? Le malheur se transmet souvent dans l’inconscient collectif et familial, un héritage impalpable, un « sortilège » que l'on subit sans le nommer. Le simple fait de le mettre en mots, comme j’essaie de le faire, est déjà grandement salvateur ; j’en suis hautement convaincue.Sortir de l’Égypte ne signifie pas rejeter ma mère, mais comprendre qu'elle a été elle-même enfermée dans toute une trame qui nous dépasse collectivement. Le pardon, il me semble, est la rédemption ; la bienveillance envers sa propre chair, un cadeau à soi, pour soi. Alors, il est comme une évidence de marcher vers sa Terre Promise : son corps.

Yaël Catherinet-Buk

Psychanalyste Jungienne-Analyste de Rêve- Autrice-Poétesse
https://www.reve-evolution.com/

 

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Commentaires

Bordarier
il y a 3 jours

Sortir de notre identification à notre corps n'est ce pas une solution ?