Il était une fois une jeune femme Psyché,
à la beauté incomparable, vivant avec ses trois sœurs auprès de leur père, le roi.
On raconte que les hommes préféraient la vénérer que de la demander en mariage, tant Psyché était belle. Ils en oublièrent de rendre hommage à Aphrodite, déité de la beauté et de l’amour. Aphrodite, très jalouse, demande à son fils Eros, de l’aider à rendre Psyché amoureuse du plus misérable des mortels pour se venger. Éros obéit à l’injonction de sa mère mais en exécutant la tâche, il se blesse avec une de ses flèches et tombe lui-même amoureux de Psyché. En même temps, désespérant de ne pas pouvoir la marier, son père, le roi, sous les préconisations du Dieu Apollon consulte un oracle, qui lui conseille d’exposer la jeune femme sur un rocher où un monstre horrible viendra l’enlever et l’épouser de surcroit. Abandonnée par son père sur un rocher, Psyché se retrouve emportée par le souffle de Zéphyr et arrive dans un magnifique palais où Éros la rejoint chaque soir dans l’obscurité de sa couche sans qu’elle ne connaisse son visage. Éros lui demande formellement de ne pas tenter de découvrir son identité. Mais Psyché s’ennuie et demande à ses sœurs de la rejoindre au palais, malheureusement ses sœurs la convainquent qu’elle doit savoir qui est son amant. Profitant du sommeil d’Éros, Psyché allume une lampe à huile afin de découvrir les traits de son époux. Mais une goutte d’huile brûlante tombe sur le déloyal Éros qui se réveille et s’enfuit. Psyché est alors entraînée dans des errances sans fin qui la conduisent à subir la colère punissante d’Aphrodite, qui lui impose quatre terribles épreuves.
1ère épreuve : elle doit trier des graines mélangées de toutes espèces mais les fourmis, ayant pitié d’elle, l’aident.
2ème épreuve : elle doit rapporter la laine d’or de moutons anthropophages cependant un roseau compatissant l’aide en lui indiquant le chemin à suivre.
3ème épreuve : elle doit puiser l’eau inaccessible du Styx. Mais là encore, elle reçoit de l’aide : c’est l’aigle de Zeus lui-même qui lui apporte l’eau dans une fiole.
4ème épreuve : elle doit demander à Perséphone de mettre une parcelle de sa beauté dans une boîte.
Grâce à l’aide des dieux, subjugués par l’amour qu’elle porte à Éros, elle parvient à remplir chacune de ses missions. Psyché est touchée par la grâce divine. Elle ouvre la boîte et tombe dans un profond sommeil, mais Éros guérit, obtient la permission de l’épouser et de l’admettre à l’Olympe où naîtra leur fille. Elle donnera naissance à Hédoné, la Déesse du Plaisir.
« Car telle est la fonction du conte : amener l’auditeur à voir ce qu’il a devant les yeux en lui suggérant autre chose. »
La lumière du mythe
Que nous apprend le mythe de ces deux héros ?
Pour en saisir toute la subtilité, nous allons regarder et contempler chaque fil du tissage de l’histoire et nous l’approprier. Car, là est l’art du mythe, apprendre à travers lui, un peu plus de nous-même et percevoir que les mythes finalement imprègnent nos chemins.Peut-être savez-vous qu’Éros désigne en psychanalyse la « pulsion de vie » par opposition à Thanatos, la pulsion de mort et que Psyché est le symbole de l’âme humaine. À deux, ils allient le corps et l’esprit nous suggérant de ne pas dissocier notre nature charnelle et spirituelle.
Le mythe d’Eros et Psyché
que nous voyons sous nos yeux, débuter, commence sous d’étranges augures, démontre que malgré l’impossibilité de vivre leur amour au grand jour, l’amour des deux amants résistera à toutes les épreuves. C’est en quelque sorte la destinée de l’âme qui s’unit à l’amour pour atteindre la vie éternelle. Les adversités encourues sont semblables à un parcours initiatique où l’amour est renaissance. Elles invitent à transcender, à accepter de perdre pour finalement gagner l’éternité amoureuse. À notre échelle, nous comprenons que notre psyché est capable d’amour divin, à condition d’accepter de vivre une métamorphose, de démêler la nature spécifique de notre vie intérieure pour faire le tri, penser par soi-même, trouver et intégrer nos propres forces, poussés par la pulsion de vie : Éros.
Pour cela comme Psyché, il nous sera nécessaire de nous confronter aux 4 épreuves symboliques qui sont :
Trier le blé : trier nos ressources aussi bien psychiques que matérielles.
Ne garder que l’essentiel, ce qui nourrit notre être dans toute sa globalité, corps et âme.
Récupérer la toison des béliers qui symbolise nos forces : l’instinct et l’intuition qui nous permettent de faire face à toute adversité et rester ainsi
pour s’ancrer, debout, entiers, reliés au ciel.
Remplir notre vase à l’eau du Styx : ne pas avoir peur de plonger dans nos profondeurs quelles qu’elles soient, y entendre le chant de la source, c’est- à-dire ce que nous savions sûrement déjà, mais que nous avions renoncé à écouter, de peur de voir la vérité. Puis, accepter de récolter cette eau trouble qui nous montre que la vulnérabilité est un joyau.
Ramener la boîte de beauté à Aphrodite sans l’ouvrir, difficile ! Car la tentation est grande ! Et si nous franchissions l’interdit, si nous percions son mystère, nous prendrions le risque de découvrir la mort, ce qui nous échappe, découvrir que rien n’est acquis sauf l’amour avec un grand A quand il est Divin et Sacré.
Les quatre épreuves imposées à la belle Psyché par la déesse Aphrodite sont bien là pour qu’elle s’éveille à sa vie spirituelle sous le regard protecteur et amoureux d’Eros, le seigneur de l’amour. Comme dit Sylvie Verchère sur son blog : « Psyché est un modèle typique du parcours féminin vers l’individuation. Il est pour nous d’une grande valeur dans la compréhension de nos souffrances » « Éros...le dieu de l’Amour, relie le sentiment et le désir, le corps et l’âme. Il est l’amour en Soi, entre nos pôles masculin / féminin, l’Amour de l’Anima, l’amour pour l’Animus... »
Dans cette seconde porte d’exploration, il me semble important que chaque femme traverse ses profondeurs comme Psyché, qu’elle se saisisse de ses doutes, de ses peurs, de ses héritages familiaux et transgénérationnels face à l’amour, aux hommes. Et enfin qu’elle se réapproprie son désir, sa corporalité, qu’elle ne soit plus victime de telles circonstances ou de telles personnes mais bien actrice, détentrice d’une puissance, celle du cœur, de l’âme, de son humanité : Être femme.
Yaël Catherinet-Buk
Psychanalyste Jungienne-Analyste de Rêve
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