Nous avons été :
Nous avons été une jeune fille, une femme, une créatrice, une mère, une femme épanouie, une femme qui vieillit.
Nous avons été toutes ces femmes ; les étapes de notre vie, nous les avons traversées.
Nous avons vécu, ressenti pleinement chaque cycle, chaque expression de notre corps et de notre âme dans la beauté de ce féminin.
Ensemble, mutuellement, nous pouvons nous donner la main pour enjamber et adoucir l’arrêt des lunes et sillonner sereines ce nouveau cycle. Honorer la place nouvelle et différente de la femme que je, tu, nous sommes...
C’était hier, je me souviens, ma mémoire chante mon histoire de femme. Des premières lunes aux dernières. Ce rouge, filet délicat du premier jour puis s’intensifiant, cavalcade, puissance rougeoyante ou sombre, tambourine, balance dans mes hanches, utérus en éveil, fait chavirer mes envies, mes replis, mes visions, mes sensations...
Je me souviens quand ma mère m’a raconté le sang des épouses, le sang qui manifeste la femme.
Je me souviens du regard qui annonce mon entrée dans la ronde des femmes.
Je me souviens quand, chaque mois, j’appréhendais ces quelques jours avant, pendant, ces jours après.
Je me souviens quand j’ai commencé à sentir et laissé ce pou- voir féminin devenir initiation.
Je me souviens.
Extrait de Femmes Sage, Yaël Catherinet Buk Édition Trédaniel
Comment traverser le cap du vieillissement sans renoncer à sa féminité ni se sentir dépassée ?
Ce passage de la vie, parfois ressenti comme un véritable choc, s’accompagne de bouleversements physiques et émotionnels intenses : anxiété, angoisse du temps qui file, brouillard mental, sécheresse intime, variations de poids, baisse de libido ou bouffées de chaleur. Face à cette sensation brutale de perdre ses repères et sa valeur, le désarroi est bien réel. Pourtant, à chaque grande transition, la femme est appelée à apprivoiser un nouveau rythme. C’est l’occasion de se réinventer, de redéfinir son identité et d'inventer une manière inédite d'être pleinement soi, avec l'envie renouvelée d'embrasser l'avenir.
La ménopause, bien loin de se réduire à une perte ou à un simple déclin biologique, constitue dans la perspective jungienne l'un des seuils initiatiques les plus puissants de la psyché féminine. Elle marque l'entrée véritable dans la seconde moitié de la vie, ce temps privilégié que Carl Gustav Jung identifiait comme le cœur du processus d'individuation — le cheminement intérieur vers la réalisation du Soi.
Sur le plan symbolique et alchimique, la fin des cycles menstruels ne représente pas un tarissement, mais une transmutation du feu créateur. Le sang, qui s'épanchait jusqu'alors vers l'extérieur pour porter ou préserver la vie biologique, cesse de s'écouler. Symboliquement, il se retourne vers le dedans. Ce mouvement de retrait de l'énergie psychique (la libido) signale que la puissance créatrice ne disparaît pas : elle change de plan, passant de la fécondité corporelle à la gestation de l'esprit et de la conscience.
Au niveau des archétypes, la ménopause invite à quitter les figures de la Jeune Fille (Kore) et de la Mère nourricière pour intégrer celle de la Femme Sage. La femme qui s'est longtemps définie par le don de soi, le soin aux autres et l'adaptation aux exigences du monde extérieur traverse une mort symbolique. Ce renoncement aux rôles imposés libère un espace inédit. C'est le moment où l'Animus — la dimension masculine intérieure — réclame d'être pleinement intégré : non plus projeté sur un partenaire ou une figure d'autorité, mais mobilisé comme une force d'affirmation, de lucidité et d'autonomie spirituelle.
Les manifestations physiques elles-mêmes, telles que les bouffées de chaleur ou les remous émotionnels, s'apparentent aux feux du creuset alchimique. Elles traduisent l'étape du nigredo, où les anciennes structures du Moi brûlent pour laisser émerger l'or de l'authenticité. Traverser la ménopause sous cet angle, c'est choisir de cesser d'être le réceptacle des attentes d'autrui pour devenir sa propre matrice, et accéder enfin à la royauté de son monde intérieur.
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